La Mayenne en France

La pêche de la truite


La truite au vairon mort


par Jean-Michel URVOY


Quelques conseils avant de démarrer "la chasse" :


Où chercher la truite ?
M. Barbellion (orthographe non garanntie) écrivait : "Cherchez le plus courant du moins courant, le moins courant du plus courant, le plus profond du moins profond et le moins profond du plus profond".
Bien qu'à la première lecture, cette phrase paraisse tordue, elle résume bien ce que l'on doit faire : un radier pentu avec à son extrémité une fosse, c'est à l'entrée de celle-ci qu'il faut chercher ; une large zone calme en retrait de la rivière, bordée par un courant plus fort, c'est ici, à la rencontre des deux qu'on trouvera dame mouchetée;...
La truite aime disposer de sa "cantine" le plus près possible de son refuge (bien qu'elle ne dédaigne pas aller musarder sur des fonds plus importants ensoleillés quêtant les insectes qui apparaissent).
Lire l'eau, c'est repérer les endroits où sont accolés casse-croûte et cache (poste sous rive dans une courbe, bloc caillouteux en plein milieu de rivière, obstacles divers ;..).
Particularité non négligeable pour le début de saison : les truites sauvages, encore plus celles de déversement, sont mobiles. C'est le vairon qui doit aller à elles et non l'inverse, comme on le constatera à la belle saison.

La présentation du vairon est essentielle. Combien de fois ai-je vu un vairon attaqué mais relâché encore plus vite quand la présentation était approximative ?
Plus on avance dans la saison, plus la faute de présentation est lourde de conséquences : la belle sauvage n'attaque quasiment jamais une seconde fois.
Une truite


Le choix des vairons.
J'ai une grande préférence pour le petit vairon. Sans les mesurer au millimètre près, 4 cm me semble une taille parfaite. Même si un poisson peut s'attaquer à une grosse proie, il avale plus facilement sa victime si elle est de taille modeste.


Le montage du vairon.
Plus qu'un long discours, quelques photos expliquent le principe. Voir le montage du vairon


La prospection :
Certainement, le point le plus difficile à aborder.
Quelques bases :
  • Commencer par prospecter sa rive, à ses pieds, le pêcheur étant très en retrait,
  • Pêcher en remontant la rivière. La vision du pêcheur par la truite ne trouble que celles qui sont situées en aval..,
  • Deux stratégies possibles, correspondant à la personnalité du pêcheur :
    • pêche rapide de poste en poste, abattant les kilomètres. Plus on avance dans la saison, plus cette technique s'impose, les truites étant sur des postes bien établis.
    • pêche lente de tous les postes supposés : ma préférence, surtout à l'amorce du printemps.
  • Insister, effectuer plusieurs passages avec des temps de "sur place" sur un poste (pêche d'ouverture seulement),
  • En cas de touche non suivie, effectuer une seconde tentative mais à la cuiller (je n'utilise plus désormais qu'un seul modèle : Aglia longue rouge de chez Mepps® n° 2 et 3. Je sais, c'est fatigant d'enlever la monture, de placer une cuiller, avant de remonter le vairon mais ça vaut parfois la peine,
Une cuiller rapala
  • Pêcher fil tendu : fil prisonnier de la main gauche (pour un droitier) ou bloqué par le moulinet,
  • A ne pas oublier : comme on pêche dans une eau courante, voire fort courante, si on pose la monture dans l'eau, avec le fil tendu, la godille vient rapidement se placer en surface et ce, d'autant plus vite que le courant est fort : l'espace de temps où le positionnement du vairon est bon (au ras du fond) est donc court.
Pour expliquer ma façon de procéder, je vais supposer que face à moi, sur l'autre rive, se trouve un magnifique bloc pierreux avancé dans l'eau qui stoppe le courant, celui-ci s'échappant par le côté de l'obstacle. Poste parfait pour une truite qui, tout en étant à l'abri du courant fort, n'a qu'un coup de tête à donner pour se nourrir.


Où poser le vairon ? (Je ne dis pas lancer mais volontairement poser)
Une truite Si je le pose en aval ou à hauteur de l'obstacle, vu le courant, même en baissant rapidement la canne, la truite devra se retourner pour aller cueillir la manne proposée. En revanche, si je le place en amont de la souche, le vairon a toutes les chances d'être happé par la truite (à moins qu'une branche cachée sous l'eau n'accroche ma monture, me fasse jurer des mots scabreux et... rentrer la truite dans sa cache).
Pour synthétiser, il est indispensable de penser non pas au posé mais à l'endroit où le vairon passera à la bonne hauteur.
Pour le poste évoqué ci-dessus, on peut imaginer une autre approche :
  • Par courant faible ou moyen : lancer la monture bien en aval du poste, mouliner jusqu'à ce que la monture soit à un mètre de la zone visitée ; arrêter de mouliner, vérifier que le vairon n'est pas visible et doucement, remonter le scion de la canne vers l'amont. Le vairon, tel un chien en laisse refusant d'avancer et tiré par son maître, va arriver à portée de dame truite qui va :
    • soit le dédaigner,
    • soit venir donner un coup de tête sur le poissonnet pour chasser l'importun (sensation de touche mais prise impossible à moins et celà arrive, d'harponner involontairement la truite par l'œil ou la joue - poisson à remettre évidemment immédiatement à l'eau, puisque capturé en dehors de sa gueule !!!),
    • soit porter un coup de crocs sur le vairon sans réussir à le saisir (j'ai lu que la truite n'arrivait à croquer sa proie que dans 40 % des cas), ah ! la maladroite,
    • soit enfin engloutir le malappris qui a osé s'aventurer à proximité de son territoire.
  • Par courant fort, j'adopte le système vu dans les mains du copain Jean D. : une chevrotine de 6 grammes placée à 10, 15 cm au-dessus de la monture. Le poids supplémentaire permet au vairon de rester dans les profondeurs.


Pour résumer :
1. J'effectue un lancer aval, en bordure de ma rive. Quand je devine que la monture est arrivée légèrement en aval de moi, je bloque le fil et c'est le scion qui remonte vers l'amont.

2. Selon la configuration de la rivière, je dépose le vairon à l'amont des zones qui me paraissent propices à la présence d'une truite, le laisse descendre le plus en aval possible, bloque le fil et remonte à nouveau le scion vers l'amont.

3. Idem pour la rive d'en face, en commençant par regarder vers l'aval et en allant vers l'amont.
Je n'oublie pas la possibilité d'ajouter une chevrotine si je crains que le vairon ne pêche trop haut.

Passé l'ouverture, les truites étant "sorties", un seul passage est nécessaire et la présentation doit être impeccable : il est alors souvent urgent de ... prendre son temps pour bien amener le vairon devant dame truite.

Avec une grande canne, on ne pêche pas l'eau mais les postes et pour tout dire sur les postes, en allant les chercher hors de portée du champ de vision du poisson et là où les autres n'ont pu balancer leur vairon.
Quand, en plus, on peut pêcher en étant dans l'eau, le vairon en "laisse" remontant le courant, au ras du fond, le plaisir atteint son paroxysme!!!
Une truite
M. LEPAGE, avec une truite fario de 1, 5 kg - 52 cm, prise sur l'Ernée au vairon - 2003.

PS : Hormis les truites de déversement qu'il faut enlever au plus vite de la rivière, ne conservez que très peu de truites sauvages. Les pollutions, surtout celles qui empêchent la reproduction des truites, nous imposent un prélèvement parcimonieux. Plutôt qu'une limitation à 23 cm, un bon pêcheur de truites respectera le fait de ne conserver que quelques truites dans la saison.

PS 2 : On peut dire la même chose pour les pêcheurs de sandres et/ou de brochets.

PS 3 : Et m.... pour votre première sortie au vairon.

PS 4 : d'autres techniques avec le vairon existent :