Pêche de la truite au vairon mort

Bien que n'étant certainement pas une "référence" parmi les pêcheurs au vairon, c'est avec infiniment de plaisir que je vais essayer de vous faire partager ma passion.
Elle a pourtant commencé, il y a plus de vingt ans, par une journée affligeante, proche de l'humiliation. Pensez : le copain Pierrot (le Président de la fédération en personne, qui à cette époque n'exerçait pas de fonction au sein de la fédération) me mit un 10 à 0. Entendez par là qu'il prit une dizaine de truites sans que je ne réussisse à en sortir une seule. Cette journée fut malgré tout un des plus riches temps d'enseignement.
J'avais accumulé ce jour-là les erreurs et les maladresses qui font l'échec d'une sortie de pêche.
Merci aussi à un autre copain Jean D., qui dernièrement, m'a donné une autre leçon. (Comme quoi, on apprend toujours, et c'est tant mieux !)

Voici un résumé des règles que désormais j'applique.

Matériel de pêche :

Inutile de s'attarder sur la discrétion nécessaire à la pratique de cette pêche, une tenue vestimentaire adaptée s'impose. (Pas d'anorak blanc, comme je l'ai vu, ou d'imperméable ciré jaune vif !!!)
Le port de cuissardes, dans la plupart des rivières, est appréciable pour décrocher la monture prise dans la branche d'en face et utile pour passer facilement d'une rive à l'autre sans oublier qu'elles permettent de pêcher dans l'eau en remontant le courant, dès que le niveau le permet.
Sur la photo ci-contre à gauche, mon équipement pour la truite : veste et casquette, cuissardes dans un sac (le coffre de la voiture apprécie !), canne dans un étui protecteur (+ une autre en réserve, au cas où), sac de matériel. Manque sur la photo, le seau à vairons vivants.

La canne

La plus longue possible, tout en offrant deux qualités indispensables : légèreté et rigidité. Une 5 m, téléréglable (bien pratique pour se faufiler parmi les branches ou pour atteindre, une fois déployée, les postes dits impossibles) me paraît parfaite.
Sur la photo ci-contre à droite, la canne est posée sur un étui en velours qui la protège lors des transports. La boîte pellicule photo permet de transporter la canne, monture installée, sans risque de voir l'hameçon se prendre dans le siège de la voiture, par exemple.

Le moulinet

Ne servant quasiment que de réserve de fil, un petit moulinet léger suffit. J'ai une préférence pour les modèles capotés qui ont l'énorme qualité de se faire oublier. Une bobine de diamètre 20 centièmes fluo (repérage plus facile de la ligne), résistance dépassant les quatre kilos, est suffisante. Les amateurs de tresse prendront un modèle proposant une résistance similaire.

 

La boîte à pêche

Elle se doit d'être légère, fonctionnelle et non bruyante. Voici la mienne, composée de :

Dimension de la boîte ci-contre : 165 mm x 103 mm x 33 mm
Les grosses montures et les chevrotines sont sous une épaisseur de mousse (pour éviter un bruit bien désagréable).

Le matériel supplémentaire :

la boîte à vairons

Légère, incassable et très pratique avec sa bandoulière. On peut la remplacer par un bocal à cornichons, surtout les modèles qui ont un dispositif en plastique pour remonter les cornichons sans se mouiller les doigts ; défaut : le verre, ça casse !
 

 

La veste de pêche

Imperméable (suffisamment longue pour dépasser la hauteur des cuissardes; c'est très intéressant quant il pleut !) et sobre, avec un carnier, cher aux chasseurs.
Dans les poches, outre la boîte à pêche évoquée précédemment, une pince plate pour décrocher les hameçons, un mètre ruban pour mesurer les poissons, un couteau aiguisé (naturellement !), une boîte à cuillers et Rapalas, un chiffon, un coupe fil, une lime à hameçons, une boîte pellicule photo,...
À l'intérieur, protégés de la lumière et de l'humidité, la bobine pour les bas de ligne (fil transparent fluorocarbone diamètre 18 centièmes), la carte de pêche, des pansements et du papier toilette (au cas où, par exemple, vous notiez l'arrivée fortuite et quelque peu impressionnante d'un taureau, la charmante bête pouvant entraîner, outre une fuite éperdue, un dérèglement intestinal imposant une évacuation urgente ! !).

J'ai abandonné la musette qui, en plus de sa lourdeur, est souvent une gêne pour les déplacements.


 

Le matériel de réserve (dans le coffre de la voiture)

Rien n'est plus frustrant que de ne plus pouvoir pêcher soit parce qu'on vient de laisser partir au fil de l'eau (et ça ne flotte pas !) sa boîte à pêche ou soit qu'on se retrouve victime d'autres avatars du même style (canne cassée, moulinet enrayé,...).

J'emmène donc avec moi, une seconde canne, un deuxième moulinet, une boîte à pêche identique à l'autre, sans oublier une tenue de rechange complète (ma maladresse m'a fait parfois goûter aux joies discutables d'un bain forcé).

La balayette présente ci-dessus me sert pour nettoyer les cuissardes en fin de partie de pêche. J'ai toujours avec moi, également, des cartes IGN de la région. A droite, la tenue complète de rechange.

Quelques conseils avant de démarrer la « chasse » :

Où chercher la truite ?

M. Barbellion (orthographe non garantie) écrivait : «Cherchez le plus courant du moins courant, le moins courant du plus courant, le plus profond du moins profond et le moins profond du plus profond ».
Bien qu'à la première lecture, cette phrase paraisse tordue, elle résume bien ce que l'on doit faire : un radier pentu avec à son extrémité une fosse, c'est à l'entrée de celle-ci qu'il faut chercher ; une large zone calme en retrait de la rivière, bordé par un courant plus fort, c'est ici, à la rencontre des deux, qu'on trouvera dame mouchetée ;...

La truite aime disposer de sa "cantine" le plus près possible de son refuge (bien qu'elle ne dédaigne pas aller musarder sur des fonds peu importants ensoleillés quêtant les insectes qui apparaissent).
Lire l'eau, c'est repérer les endroits où sont accolés casse-croûte et cache (poste sous rive dans une courbe, bloc caillouteux en plein milieu de rivière, obstacles divers, ...)

Particularité non négligeable pour le début de saison : les truites sauvages, encore plus celles de déversement, sont molles. C'est le vairon qui doit aller à elles et non l'inverse, comme on le constatera à la belle saison.

La présentation du vairon est essentielle. Combien de fois ai-je vu un vairon attaqué mais relâché encore plus vite quand la présentation était approximative ?
Plus on avance dans la saison, plus la faute de présentation est lourde de conséquences : la belle sauvage n'attaque quasiment jamais une seconde fois.
 

Le choix des vairons

J'ai une grande préférence pour le petit vairon. Sans les mesurer au millimètre près, 4 cm me semble une taille parfaite. Même si un poisson peut s'attaquer à une grosse proie, il avale plus facilement sa victime si elle est de taille modeste.


Le montage du vairon

Plutôt qu'un long discours, quelques photos expliquent le principe. Voir le montage du vairon

La prospection :

Certainement, le point le plus difficile à aborder.
Quelques bases :

Pour expliquer ma façon de procéder, je vais supposer que face à moi, sur l'autre rive, se trouve un magnifique bloc pierreux avancé dans l'eau qui stoppe le courant, celui-ci s'échappant par le côté de l'obstacle. Poste parfait pour une truite qui, tout en étant à l'abri du courant fort, n'a qu'un coup de tête à donner pour se nourrir.

Où poser le vairon ? (Je ne dis pas lancer mais volontairement poser)

Si je le pose en aval ou à hauteur de l'obstacle, vu le courant, même en baissant rapidement la canne, la truite devra se retourner pour aller cueillir la manne proposée. En revanche, si je le place en amont de la souche, le vairon à toutes les chances d'être happé par la truite (à moins qu'une branche cachée sous l'eau n'accroche ma monture, me fasse jurer des mots scabreux et... rentrer la truite dans sa cache).

Pour synthétiser, il est indispensable de penser non pas au posé mais à l'endroit où le vairon passera à la bonne hauteur.

Pour le poste évoqué ci-dessus, on peut imaginer une autre approche :

Pour résumer :

1. J'effectue un lancer aval, en bordure de ma rive. Quand je devine que la monture est arrivée légèrement en aval de moi, je bloque le fil et c'est le scion qui remonte vers l'amont.

M. LEPAGE, avec une truite fario de 1,5 kg
- 52 cm, prise sur l'Ernée au vairon - 2003

2. Selon la configuration de la rivière, je dépose le vairon à l'amont des zones qui me paraissent propices à la présence d'une truite, le laisse descendre le plus en aval possible, bloque le fil et remonte à nouveau le scion vers l'amont.

3. Idem pour la rive d'en face, en commençant par regarder vers l'aval et en allant vers l'amont.

Je n'oublie pas la possibilité d'ajouter une chevrotine si je crains que le vairon ne pêche trop haut.

Passé l'ouverture, les truites étant « sorties », un seul passage est nécessaire et la présentation doit être impeccable : il est alors souvent urgent de ... prendre son temps pour bien amener le vairon devant dame truite.

Avec une grande canne, on ne pêche pas l'eau mais les postes et pour tout dire sur les postes, en allant les chercher hors de portée du champ de vision du poisson et là où les autres n'ont pu balancer leur vairon.
Quand, en plus, on peut pêcher en étant dans l'eau, le vairon en « laisse » remontant le courant, au ras du fond, le plaisir atteint son paroxysme ! ! !

PS. : Hormis les truites de déversement qu'il faut enlever au plus vite de la rivière, ne conservez que très peu de truites sauvages. Les pollutions, surtout celles qui empêchent la reproduction des truites, nous imposent un prélèvement parcimonieux. Plutôt qu'une limitation à 23 cm, un bon pêcheur de truites respectera le fait de ne conserver que quelques truites dans la saison.

PS 2 : On peut dire la même chose pour les pêcheurs de sandres et/ou de brochets.

PS 3 : Et m.... pour votre première sortie au vairon.

PS 4 : d'autres techniques avec le vairon existent :

 

Jean-Michel Urvoy
Secrétaire de la fédération