La Mayenne en France

Pêche pratique


La pêche au coup


La pêche au chènevis



par Jean-Michel URVOY



chènevis dans la main

Considéré à juste titre comme un aimant à gardons, le chènevis rebute un certain nombre de pêcheurs.
Vraissemblablement, l'eschage et la perte de la graine à chaque ferrage en sont les responsables, à moins que ce ne soit la cuisson de la graine, la préparation du coup ou la nécessité de lancer quelques graines à chaque coulée.


Ils ont vraiment tort :
* Il est plus facile de "fixer" une graine sur l'hameçon, qu'un ver de terre par exemple.
* La perte de la graine atteste d'une pêche dynamique et signifie que les touches sont nombreuses ; n'est-ce pas le premier souhait d'un pêcheur ?
* La cuisson est un jeu d'enfant.
* La préparation du coup ne nécessite que bien peu d'efforts
En résumé, une pêche passionnante et bien plus facile que l'on ne le prétend.


Où pêcher au chènevis ?
Le courant est nécessaire ; étangs et canaux sont à proscrire.
Choisir un secteur de rivière au fond régulier Quant à la profondeur, 2 mètres sont suffisants.
Il est préférable d'éviter les fonds vaseux que n'affectionne pas le gardon.
Sur nos biefs, pas besoin d'aller bien loin : en plein Laval, la cale Magenta est un endroit que j'affectionne. Les gardons y sont nombreux, le fond parfait. Seule ombre au tableau, les passants (souvents bavards) et les bateaux de la halte fluviale (il faut bien partager la rivière !).
La cale St-Fiacre à Château-Gontier donne, elle aussi, de bons résultats.


Comment préparer sa sortie de pêche ?
L'idéal est de préparer le coup à l'avance. A titre personnel, à J-3 et J-2, je viens déposer un pain de chènevis (voir son marchand d'articles de pêche) ; à J-1, je verse 600 à 800 g de chènevis ; le jour J, avant même de déplier le matériel, je jette quelques bonnes poignées de graines (plus ou moins en amont, selon la force du courant).

Pour la cale Magenta, j'ai essayé, avec succès, la formule suivante : à J-1, le soir, par discrétion (la peur de ne pas avoir "la place" le lendemain), un pain de chènevis ; le matin, en arrivant, amorçage avec quelques litres de Sensas 3000 spécial gardons (plubicité gratuite) et agrainage de quelques poignées de chènevis.


Cuisson du chènevis ?
Faut-il deux sortes de graines (une, petite, pour amorcer, une autre, grosse, pour mettre au bout de la ligne) ? Pour tout dire, ça dépend de mon humeur ! L'intérêt de la grosse graine est de faciliter l'eschage pour un débutant. Quand je peux, j'utilise du chènevis moyen qui fait double usage (amorçage et pêche).

La cuisson :
La veille au soir de la partie de pêche, je verse un demi-litre de chènevis moyen dans un fait-tout (Il est préférable de condamner un récipient pour cet usage, pour éviter des drames familiaux). Je recouvre d'eau chaude prise au robinet. Je mets le couvercle et je mets le tout dans un coin de la cuisine, pour la nuit.

Astuce : quand je veux cuire également des grosses graines, j'utilise une boîte de conserve vide, percée de nombreux trous (faits avec pointe forte et marteau). Je verse une poignée de grosses graines (vendues au prix du caviar, quasiment) ; je place cette boîte dans le fait-tout. Les trous vont permettre à l'eau de rentrer, en évitant le mélange des différentes sortes de graines.

Le matin de la sortie, avant de me laver, je mets le fait-tout sur le feu, à feu vif. Quand l'eau se met à bouillir (en général, je suis en train de déjeuner), j'attends cinq minutes, je soulève le couvercle et plonge une grande cuiller pour voir si les germes apparaissent Sauf mauvais chènevis, c'est le cas.
J'éteins sous le fait-tout, je passe d'abord la boîte de conserve sous l'eau froide, puis le contenu du fait-tout (j'utilise un égouttoir). On peut conserver le jus au lieu de le jeter pour mouiller l'amorce, si on a prévu l'usage de celle-ci.


Quel matériel ?
Personnellement, j'apprécie quand je peux ne pas être obligé de pêcher loin (problème de vue). Sur les cales, une canne de 6 m suffit amplement ; scion souple ou élastique intérieur, les deux systèmes ont leurs partisans : les premiers affirment mieux "sentir" le poisson, les seconds soutiennent qu'ils peuvent lutter plus facilement sur des gros poissons. Les deux camps ont finalement raison et c'est à chacun de savoir ce qu'il veut privilégier.

Par contre, une canne à emmanchements s'impose : pour bien ferrer, il faut que la distance entre le scion et le flotteur n'excède pas 1 m. Donc, pour la cale Magenta, 1 m (bannière) + 2 m (fond) = ligne de 3 m, pour une canne de 6 m.

Pour la ligne, voici mes préférences :

Corps de ligne : 0,10 mm,
Bas de ligne de 20 cm : 0,07 (pour commencer), puis éventuellement 0,08 (si les poissons sont mordeurs et de belle taille),
Flotteur : forme carotte ; ma vue m'impose des antennes assez fortes,
Plombée : de 0,6 à 1,2 g, saus cas exceptionnels (fond plus important, vent fort)
J'ai abandonné les olivettes au profit des cendrées : les petits plombs ronds offrent la possibilité de faire varier, à tout moment, la répartition de la masse qui équilibre le flotteur. Si celui-ci doit être bien équilibré (peu visible), il ne doit pas être trop sensible (éviter antenne métallique, par exemple, qui coule trop facilement).
Un plomb de 12 ou 13 juste au niveau du raccord du bas de ligne, 10 cm plus haut, un plomb n° 10, 8 cm plus haut, un plomb n° 8, puis 6 cm au-dessus, l'ensemble des plombs (n° 6 et 8) : c'est cette denrière partie que je peux être amené à étaler, pour assouplir la ligne quand les poissons chipotent.
Hameçon : n° 18 ou 16, selon la taille des graines et ... la marque des hameçons


Eschage de la graine de chènevis ?
Pour un droitier, placer une graine entre pouce et index de la main gauche, germe visible, pointe sortie, tournée vers le bas ; présenter l'hameçon tenu entre pouce et index de la main doite, en plaçant la pointe au dessus du germe. Faire entrer la pointe de l'hameçon puis tourner la main droite de façon que la pointe ressorte sous le germe. Sans forcer, enfoncer alors l'ameçon. La pêche peut commencer.

Si cette graine attire le gardon, d'autres poissons tels que brèmes, chevesnes, carpes, s'y intéressent aussi : l'épuisette doit être à portée de main.


Technique de pêche ?
Le chènevis est une friandise : il faut en jeter peu, mais souvent (quelques graines, à chaque coulée - c'est peut être ça qui décourage certains pêcheurs-).
C'est donc le premier travail avant de pêcher réellement, ligne correctement eschée.

Si vous débutez, commencez par laisser la ligne faire la coulée toute seule (vous lancez puis vous laissez le flotteur se mettre en place puis glisser sur l'eau devant vous).

Si les poissons sont au rendez-vous, vous allez voir une (ou des) touche, parfois très plongeante et pourtant, quelques instants après, le flotteur va reprendre sa position initiale (preuve que le gardon aspire vite, parfois avec force, mais qu'ensuite, il recrache la plus part du temps la graine).
Conclusion : bien surveiller le flotteur, pour ne pas ferrer trop tard, et ne ferrer que quand la touche est appuyée (pas vrai à 100%, mais, bon ! ?).

Si on laisse la ligne dériver toute seule, les risques d'être surpris par la soudaineté de la touche sont très importants, d'où la technique des relâchés : quand le flotteur est en place, peu après le lancer de la ligne, bloquez la canne, jusqu'à ce que la bannière se tende ; le flotteur s'immobilise, se penche, tiré vers l'amont ; attendez (un temps variable, selon l'humeur), puis penchez la canne vers l'aval ; le flotteur reprend sa position verticale, et c'est très souvent à ce moment que le gardon veut chaparder la graine.
Reproduisez ce type d'arrêt plusieurs fois pendant la coulée, en variant la force des retenues et en insistant sur la dernière retenue de fin de coulée.

C'est une pêche très dynamique, riche de plaisirs et d'émotions.

Il m'arrive parfois de louper dix touches de suite avant de prendre un poisson (surtout les jours où le courant est faible ou quand les ablettes s'intéressent de près à la graine), mais, c'est, je crois, cette incertitude qui fait aussi l'un des charmes de cette pêche.