Présentée par certains comme une pêche rustique voire rudimentaire, peu de pêcheurs sont capables de présenter correctement un ver et de réussir des prises nombreuses et régulières.
C'est vrai qu'elle constitue souvent la technique qui guide le gamin pour la première fois au bord de l'eau. Equipée d'un flotteur, souvent une magnifique bouée dont les deux tiers d'un rouge fluo agressif sont encore visibles, eschée d'un énorme "bidon" à tête noire qu'aurait du mal à avaler la plus gourmande des anguilles, il arrive (et c'est heureux) au novice de pouvoir prendre SA première truite.
En revanche, s'il n'évolue pas dans sa technique, il risque fort de se décourager pour cette pêche qui pourtant, réserve bien des joies au fil de nos cours d'eau.
Quels vers ?
Parmi toutes les espèces de vers, je n'ai retenu que les plus courants.
Le ver de terre (dit à tête noire)
Sans nul doute le plus utilisé mais certainement pas le plus efficace à en croire les spécialistes.
Préférez des vers de 8 à 10 cm moins gros qu'un crayon.
Le ver de terreau
Le chouchou de bien des pêcheurs.
Prendre de beaux vers de 8 cm.
Gros défaut : pour les chevaliers de la gaule un peu moins connaisseurs, il constitue un danger car si vous ne ferrez pas à la touche, le ver risque d'être engamé profondément, et quand il s'agit d'une truitelle, je vous laisse deviner la suite.
Soyez dignes de cette pêche : coupez le fil sans tirer sur l'hameçon comme je le vois faire encore chaque année.Le ver de fumier
Avec ses anneaux et ce jus jaunâtre caractéristique quand on le coupe ou le perce, il est peu utilisé.
Même défaut que le précédent si on ne ferre pas dès la moindre touche.Le ver de Californie
Comme me disait avec humour un pêcheur : "Si y faut ach'ter ses vers, autant ach'ter ses truites !"
A chacun de voir !
Ce sont en tout cas d'excellents vers qui tiennent bien à l'hameçon.
Le ver de farine, la teigne et autres gâteries
Ce sont des esches qui commencent à avoir un certain succès surtout dans les pêches en étang.
Pour l'ouverture, ils sont de plus en plus nombreux, en Mayenne, à taquiner la truite avec ces friandises.
Ci-contre, une boîte de teignes.
Comment les ramasser ?
Le ver de terre
La présence de monticules (faits par les taupes) est un excellent indice pour choisir l'endroit où on va "pêcher" ses vers.
Un accessoire bien pratique : la fourche.
Non pas qu'il s'agisse de retourner le champ où on va opérer mais c'est elle qui va faire sortir les vers.
Choisir une période où le sol n'est pas gelé est indispensable.a) Planter la fourche bien droite au premier endroit semblant intéressant
b) Faire aller et venir d'avant en arrière la fourche comme s'il s'agissait d'un levier de vitesse pendant ... un certain temps.
c) En quelques minutes, les premiers vers doivent pointer le bout de leur nez. Ne pas les saisir avant qu'ils ne soient complètement sortis. Rejeter sans regret tout ver abîmé qui sans cela aurait vite fait de faire pourrir toute la récolte.
d) Recommencer la même opération un ou deux mètres plus loin, et, bonne chance !Le ver de terreau
Si vous n'avez pas aménager un coin "compost" de feuilles, de petites branches, ... c'est trop tard. Il faut plusieurs mois pour obtenir de vrais nids à vers de terreau.Il ne vous reste plus qu'à repérer chez l'un de vos voisins l'un de ces monticules de feuilles et autres épluchures en état de décomposition, sous lesquels à l'aide d'une fourche ou d'une pelle (attention à ne pas les casser), vous choisirez les plus beaux spécimens.
Le ver de fumier
Lui aussi prolifère dans les dépôts d'herbes, ... en pleine décomposition. Souvent, c'est la variété des types de matières qui remplissent ces lieux qui fera que vous y trouverez des terreaux ou des annelés.
Comment les conserver ?
Même si certains pêcheurs ont encore recours au marc de café (attention de ne pas en mettre de trop sinon vous risquez de vous retrouver le matin de l'ouverture avec une véritable pourriture), le meilleur moyen d'avoir des vers bien fermes est de les conserver dans de la mousse (pas celle qui est rase et qui est plus constituée de terre que de végétal mais celle qui au contraire est haute de plusieurs centimètres).
Les vers (mieux vaut en mettre un peu dans plusieurs récipients plutôt que tout dans un seul - prudence, prudence !) doivent séjourner dans un endroit frais mais pas glacial et dans une boîte bien fermée. Certains pêcheurs ont recours à du papier journal qu'ils humidifient avant de le placer sur la mousse qui recouvre les vers. Changés de temps en temps, ils permettent le maintien d'une bonne humidité.
Préparer son matériel
La canne et le moulinet
Voici ci-contre la canne dont l'ami Christian ne pourrait se séparer.
Longue d'environ 3 m 60, en carbone de haute qualité, elle a une action de pointe mais souple tout de même (difficile à expliquer).
Après avoir essayé la canne à fil intérieur (trop raide et source de soucis avec l'aiguille à fil quand on a le malheur de casser), la téléréglable (action moins bonne), il est revenu à SA canne qui malgré quelques blessures (marcher dessus, par exemple), demeure sa favorite.Même si le moulinet n'est qu'une réserve de fil, il a opté pour un moulinet classique mais particulièrement léger, garni d'un 22 ou 20 centièmes blanc.
La boîte à pêche
Christian privilégie, et je partage son point de vue, le confort de pêche : transporter le moins de matériel possible.
Hameçons n°4 et 6, plombs n° 2 et 3,indicateurs (rigoletos), un dégorgeoir, une bobine de fil et une paire de ciseaux,... et le voilà prêt à pêcher.
Le montage de base
Sur le bas de ligne est monté un hameçon n°4.
Un premier plomb (n°3) est placé à 12 cm de l'hameçon, suivi d'autres (le nombre varie selon le courant et la profondeur d'eau à prospecter).Viennent ensuite les indicateurs : ils sont de couleur différente car selon la luminosité, l'un est souvent plus visible que l'autre.
Christian m'explique qu'il pêche toujours en amont ; il se place face au courant, tend sa ligne plusieurs mètres plus haut, prend contact avec le fil ; la canne est haute, le fil est tendu, et tout l'art de cette pêche constitue à faire "voguer" le ver à une dizaine de centimètres du fond.
Si, à la touche, la ligne va vers l'amont ou file sur un côté, il ferre immédiatement.
Si elle descend vers l'aval, il laisse faire.A méditer !
Le petit matériel
Outre sa boîte à pêche, ses vers, certains pêcheurs emportent une boîte de farine (ça aide beaucoup pour enfiler le ver sur la ligne), une aiguille pour enfiler les vers.
Le chiffon bleu (conservation des couleurs des poissons pris) est de rigueur sans oublier tous les petits accessoires dont on a besoin de temps en temps (lime à hameçon, pince, mètre ruban, pansements, ...
Vivement l'ouverture !
Jean-Michel Urvoy
et grand merci à Christian Guérin, pour sa précieuse collaboration