Si, depuis des dizaines d'années, le silure était présent dans la Loire, il se faisait rare et n'avait en aucune manière gagné les eaux mayennaises.
L'agriculture ne nourrissant plus toujours très bien son homme, certains élus ont cru bon de lancer l'idée que l'élevage du silure pouvait être une bonne reconversion. C'est ainsi qu'une ferme mayennaise engraisse des silures dans une commune du sud Mayenne. La chair de ce poisson était annoncée comme succulente et devait pouvoir se vendre à prix d'or.
Cruelle désillusion ! Les restaurateurs, les ménagères boudent ce mets si délicat et le commerce fabuleux prévu ne pointe jamais le bout de son nez. Paraît-il qu'une fois parfumé à l'extrait de crabe ou de crevette, il fait un merveilleux surimi !
Cependant, les poissons demeurent et sont proposés à la vente. Vente totalement libre et sans contrôle de la destination des déversements.
Par la faute de quelques inconscients (je reste poli) qui ont trouvé intéressant ou amusant !? de déverser quelques spécimens achetés dans cette ferme, dans la rivière La Mayenne, il n'aura fallu que quelques années pour que ce poisson y trouve sa place quitte à prendre celle des autres.
Après quelques saisons où il était question de petits silures pris ça et là dans le sud Mayenne, cette fois, il n'y a plus de doute. L'animal se plaît dans nos eaux et se développe de façon très significative. 47 kg pour 1,82 m, voilà les mensurations du spécimen ci-contre pris à Mirvault, le 16 juillet dernier. Qu'il est laid ! (le poisson bien sûr)
Comme le dit si bien notre président fédéral Pierre Bobard, ce poisson doit être classé comme nuisible.
Voici le texte d'un document qu'il a rédigé à ce sujet et où il développe également un autre point important (l'utilisation de l'anguille comme vif pour pêcher le silure):
" Le silure glane est originaire des pays de l’Europe centrale, des eaux du Danube, des cours d’eau bordant la mer Caspienne et Baltique. Les élevages situés en Mayenne et en Sarthe ont favorisé, en raison de déversements sauvages, son développement sur la rivière la Mayenne et la retenue de Saint-Fraimbault, la rivière l’Oudon, ainsi que dans de nombreux plans d’eau privés.
Ce poisson déséquilibre le milieu aquatique en raison de sa voracité, de sa taille et de son poids qu’il peut atteindre (plus de 2,50 m pour près de 100 kg), sans oublier sa reproduction importante.
Dans un plan d’eau d’environ 4 ha, en eau libre, situé en tête de bassin de la rivière l’Oudon, les résultats se sont avérés affligeants. En 1992, les responsables du C.E. SALMSON (Laval) avaient introduit 4 silures. Lors de la pêche de ce plan d’eau en 2004, 515 kg de silures de 4 à 45 kg ont été récupérés, ainsi qu’une quantité impressionnante de petits silures d’une taille allant de 20 à 30 cm.
300 kg de poissons blancs dont 200 kg de brèmes, 2 brochets de 25 et 35 cm, 40 sandres de 25 à 35 cm ainsi que de nombreux sandrillons, 1 200 kg de carpes de 3 à 10 kg ont complété ce résultat. Disparition totale de l’anguille et de la tanche, par rapport à la pêche précédente. Le propriétaire du plan d’eau et les responsables du C.E. pnt décidé d’éliminer le silure.
Dans la rivière la Mayenne, surtout dans le secteur de Château-Gontier, le silure devient dominant. Comme certains pêcheurs pratiquent le no-kill sur cette espèce, ce poisson va, comme dans le plan d’eau cité ci-dessus, déséquilibrer le milieu aquatique.
Un pêcheur professionnel, membre de l’association pour la restauration et la gestion des poissons migrateurs du bassin de la Loire (LOGRAMI) s’est dit inquiet devant la prolifération, sur le bassin, de la population des silures qui attendent les migrateurs à l’entrée et à la sortie du système de franchissement. Ce constat va dans le même sens que nous, à savoir que, pour réguler la présence de cette espèce, il devient nécessaire de classer le silure comme nuisible.
Avec plusieurs membres du conseil d’administration de notre fédération, sous la responsabilité de M. Hubert Tuffreau, président de la fédération du Maine-et-Loire, nous avons assisté à une compétition de pêche au silure (voir articles de presse) sur la rivière la Sarthe, commune de Moranne, les 3 et 4 septembre 2005. Nous avons remarqué que les pêcheurs achetaient des anguilles de 20 à 40 cm aux organisateurs, à raison de 2,50 € pièce. Après avoir interrogé les organisateurs, nous avons eu la certitude que 50 kg d’anguilles de Loire avaient été récupérés chez un pêcheur professionnel de Nantes. C’est avec stupéfaction que nous avons observé que les anguilles accrochées à l’extrémité de la queue, étaient sacrifiées comme appât (voir photos).
Après les surpêches de la civelle (n’en déplaise aux pêcheurs professionnels), les maladies spécifiques à l’espèce, les pollutions, les obstacles infranchissables, nous constatons que le silure représente un danger réel pour toutes les espèces migratrices devenues fragilisées.
Nous estimons qu’il est impératif d’interdire l’anguille comme appât.
Les résultats de l’enquête CSA financée par l’Entente Halieutique du Grand Ouest et portant sur le flux des pêcheurs entre l’EHGO et le CHI, permettent de mettre en évidence le type de poissons qu’ils recherchent : l’enquête s’est effectuée sur 24 départements ; 1 137 pêcheurs ont été interrogés et disent pêcher les carnassiers à 54 %, la truite à 43 %, les poissons blancs à 36 %, la carpe à 16 %, le silure à 2 % ou aucun poisson particulier à 5 %. On ne peut pas dire que l’arrivée du silure provoque un quelconque engouement des pêcheurs.
Lors de l’assemblée générale de la fédération de la Mayenne pour la pêche et la protection du milieu aquatique, du samedi 8 avril 2006 à Château-Gontier, deux motions ont été adoptées à l’unanimité des 52 présidents et délégués présents : classement du silure en espèce nuisible et interdiction d’utiliser l’anguille comme appât.
Le 20 mai, lors du congrès régional, les 12 départements l’ont voté également.
Ces deux motions seront présentées lors du congrès de l’union nationale."
Chaque pêcheur a également son rôle à jouer. On ne peut prétendre avoir dans nos eaux, toute sorte de poissons et de toutes les tailles. L'équilibre est fragile. Déjà l'arrivée du sandre avait perturbé le milieu mais ce n'est rien à côté du silure qui ne trouvera aucun prédateur sur son chemin si ce n'est le pêcheur. S'il vous plaît, mesdames et messieurs, ne remettez pas à l'eau ce poisson, vivant. N'hésitez pas à faire entendre votre voix auprès de vos élus locaux. Dites-leur à quel point, ce poisson est un désastre pour nos eaux. Reprenez la phrase du président (Ce poisson déséquilibre le milieu aquatique en raison de sa voracité, de sa taille et de son poids qu’il peut atteindre (plus de 2,50 m pour près de 100 kg), sans oublier sa reproduction importante.)
Si une personne trouve de bons arguments pour défendre ce nuisible, je suis preneur.
Jean-Michel URVOY,
Secrétaire de la fédération
(juillet 2006)
La parole est donnée aux défenseurs du silure, avec mes réponses.
| Courriel de Philippe X, secrétaire du silure club rhodanien | Réponse de Jean-Michel URVOY, secrétaire de la fédération |
| Bonjour, Et oui, pour tout vous dire j'étais assez agacé par ce genre de photos sans parler des propos qu'ils tiennent concernant le silure. Mais ce qui est rassurant c'est que ces gens là, tenaient les même propos il y a 30 ans contre les brochets et les sandres. Ils voulaient coûte que coûte détruire le requin d'eau douce (brochet ) qui soit disant mangeait son poids de poissons par jour et le tueur ( Sandre ) qui tuait par plaisir. |
Dans les plus anciens livres halieutiques, le brochet est déjà présent ; je suis au regret de vous apprendre que sa venue ne date pas d'il y a trente ans et jamais, en Mayenne, j'ai entendu un pêcheur se plaindre de sa présence et réclamer son élimination (C'est plutôt l'inverse ; certains auraient aimé que nous déversions des sujets de belle taille pour les prendre). Quant au sandre, il a provoqué un nouvel "équilibre" dans lequel le brochet trouve une moindre place. Il suffit de regarder les résultats des vidanges de plans d'eau où sont présentes ces deux espèces. Inévitablement, on finit par avoir une pièce d'eau à brèmes et sandres où gardons et brochets sont faiblement représentés. Quant à la rivière, la triste pollution de 1976 a montré (on s'en serait bien passé) que là aussi, le sandre avait largement pris le dessus sur le brochet, au vu des poissons morts récupérés (toutes les espèces avaient subi de larges pertes sur plusieurs kilomètres) |
| Pour ce qui est de la photo, oui, le silure est mort ! Mais naturellement ???. Et par respect pourquoi ce bout de bois ??? |
Je n'étais pas présent mais j'imagine que ce sont les pêcheurs qui ont tué ce poisson pour abréger ses souffrances. Nous sommes heureux qu'ils aient éliminé un de ces prédateurs. Pour le morceau de bois, c'était, je suppose, une solution pour avoir une vue complète du poisson. Je ne vois ce qu'il peut y avoir de choquant. La même chose est faite avec des espèces marines de belle taille ou des trophées de chasse. |
| Je suis le Secrétaire et Webmaster du Silure Club Rhodanien ( http://silureclubvrhodanien.free.fr ) et avant que vous ne pensiez que j'ai des idées bien arrêtées sur le silure, je vous demande d'aller visiter le site et vous y découvrirez de gros poissons tenus de manière plus correcte. | Désolé, mais le lien ne fonctionne pas. |
| Aujourd'hui, j'attends la réaction des médias a qui j'ai fait parvenir cette
photo. |
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PS Le silure est présent depuis bien longtemps en Russie et pourtant ....les
autres espèces ne sont pas en échec . |
Nous n'avons jamais imaginé que le silure allait supprimer tous les autres carnassiers. Ce que nous ne pouvons accepter, c'est que ce poisson sans attrait (laid, vorace et sans valeur culinaire) vienne prendre leur place. Concernant son développement sur zone, nous disposons de données tout à fait objectives puisque extérieures à la fédération : les résultats d'une vidange après immersion quelques années auparavant de 4 (seulement quatre) silures dans un étang de plusieurs hectares. Certes un équilibre s'est créé, avec beaucoup de silures, une population faible de sandres et encore plus ridicule de brochets. Situation qui ne peut satisfaire les pêcheurs en général, car il ne faut pas oublier non plus que les pêcheurs de silures ne représentent qu'un pourcentage infime des chevaliers de la gaule. Concernant la Saône, j'ai d'autres échos moins optimistes que les vôtres. Bien évidemment, les brochets, sandres, tanches n'ont pas disparu mais leur présence n'y est plus du tout aussi abondante (et je ne vois pas comment il pourrait en être autrement) qu'auparavant. |